La Margeride est un harmonieux mélange de bois, de prés, de landes et de clairs ruisseaux. Région d'élevage, bovin essentiellement, elle est, sur le plan économique, une des plus riches du département de la Lozère.

 

La Margeride en Lozère

La Margeride en LozèreAu cœur du Massif Central, la Margeride forme une remarquable ligne de faîte, presque toujours au-dessus de 1400 m, depuis les confins du Cézallier et du Cantal au Nord jusqu'au Moure de la Gardille au Sud. C'est un remarquable centre de dispersion des eaux qui se dirigent à l'Est vers la Loire par les affluents de l'Allier, à l'Ouest, vers la Garonne par le Lot et la Truyère et au Sud vers l'Ardèche par le Chassezac.
L'allure générale n'est pas celle d'une vraie montagne et les sommets dépassent à peine 1500 m (1552 au Truc de Fortunio, 1551 au Signal de Randon, tous les deux situés dans le Sud du massif). Mais il s'agit bien de hautes terres, partout au-dessus de 1000 m, compactes, découpées en plateaux étagés. Le gradin central, le plus élevé, est généralement appelé Montagne d'altitude supérieure à 1300 m, il n'atteint guère plus de 6 à 8 km de large sauf aux deux extrémités où il prend de l'ampleur; il se présente sous la forme de hautes surfaces, interfluves lourds et convexes, localement creusés par des dépressions en forme d'alvéole de taille et de nature diverses, très vastes au Nord à Paulhac ou à La Besseyre-Saint-Mary, plus petits à Chanaleilles, La Villedieu ou Froidviala, parfois réduits à de simples demi-alvéoles perchés au-dessus de la bordure (Saint-Privat-du-Fau, les Ducs à l'Ouest; Bugeac, Madrières à l'Est).
Les plateaux périphériques sont formés d'une série de compartiment; les altitudes y sont plus basses, les interfluves plans plus nombreux bien que la dissection de détail soit très poussée; des petits bassins tectoniques aux limites géométriques nettes s'y intercalent localement (le Malzieu, Saint-Alban). Le contraste entre les paysages topographiques de la montagne et ceux des plateaux est marqué et le contact se matérialise par de grands abrupts, au tracé d'ensemble rectiligne, d'orientation Nord-Nord­Ouest/Sud-Sud-Est.

La Margeride en LozèreLe cadre lithologique de la Margeride est relativement simple.
L'essentiel du massif est formé de granite porphyroïde intrusif dans de vieilles formations métamorphiques, visibles aux deux extrémités septentrionale et méridionale. Un leucogranite (granite acide à grains fins) et un granite à grains moyens et à mica noir (biotite) forment le reste. Le tout est recoupé par quelques filons, surtout de quartz.
A la simplicité pétrographique, on doit opposer une évolution géomorphologique longue et complexe. La chaîne hercynienne fut réduite à l'état d'une grande surface plane dès la fin du Primaire; les dépôts sédimentaires du début du Jurassique sont autant de jalons qui permettent de retrouver localement cette surface, dite post-hercynienne tout autour du lac de Charpal, dans le Sud du massif; les sommets d'interfluves plans de la région de Saint-Sauveur-de-Peyre et du Plateau du Roi en dérivent. Partout ailleurs, cette surface post­hercynienne a été réaménagée au début de l'ère tertiaire. C'est l'aplanissement qui a résulté de cet aménagement, qui se lit le mieux dans les paysages de Margeride . II porte des formations superficielles qui fournissent des indications sur les conditions paléoclimatiques qui prévalaient alors; vieilles altérites riches en argile de type kaolinite; microconglomérat à ciment siliceux.

La période suivante, oligocène, se caractérise par une importante activité tectonique qui s'est traduite par une intense fracturation de la région. Les fractures ont parfois repris des directions hercyniennes (Nord-Ouest/Sud-Est et Nord-Est/Sud-Ouest) mais la plupart sont indépendantes de ce vieux canevas et suivent la direction méridienne que l'on retrouve dans tout le centre du Massif Central. Cela conduit à l'individualisation de bassins qui se comblent au fur et à mesure de dépôts divers: grès rouges très indurés du bassin du Rouget, argiles sableuses bariolées et argiles vertes surmontées de calcaires lacustres fossilifères. Les grandes unités actuelles du modelé de la Margeride commencent alors à s'individualiser mais n'atteindront leur volume définitif que plus tard.

La Margeride en LozèreDans la seconde moitié du Tertiaire, les mouvements se poursuivent sous la forme d'un soulèvement d'ensemble. La Margeride acquiert alors son volume actuel. A cette période, les bas plateaux occidentaux conservent localement des matériaux détritiques mis en place par des cours d'eau très larges, à chenaux anastomosés; ces matériaux roulés sont surtout des quartz mais la présence de chailles et de calcaires silicifiés venant des Causses indique qu'à ce moment-là, une continuité topographique unissait
les Grands Causses et la Margeride . Les dépôts pliocène, eux,ne contiennent plus de galets venus des Causses; on peut en conclure que la Margeride était désormais séparée topographiquement des Grands Causses: depuis ce moment, les grandes masses du relief occupent la place que nous leur connaissons aujourd'hui.
Les modelés actuels se sont élaborés à partir de l'enfoncement du réseau hydrographique installé sur les surfaces. Le quadrillage tectonique, à maillage fin, est alors exploité par érosion différentielle: de ce fait, les surfaces de la Margeride sont défoncées en une multitude de cuvettes, séparées par des volumes rocheux. Ces formes d'échelle déca métrique ou hectométrique sont appelées alvéoles. Les dépôts tertiaires, fragiles, ont été en partie déblayés, ce qui donne aux bassins des allures de grands creux aux bords rectilignes et au fond bosselé (Le Malzieu).

Les périodes froides quaternaires s'expriment de plusieurs façons dans les paysages de Margeride . Les altitudes élevées et la rudesse actuelle du climat conduisent à penser que le massif aurait dû être couvert de glace; en fait, démontrer l'englacement de la Margeride a toujours été difficile, sans doute par manque de marqueurs pétrographiques. Ce n'est que dans la partie méridionale de la Montagne qu'un faisceau d'arguments a pu être réuni: formes évoquant de petits cirques, nettoyage des altérites, renversement des tors, dépôts à allure fluvio-glaciaire, erratiques. Au vu de tous ces arguments, il semble que l'on doive admettre un englacement du Sud de la Margeride, sous forme d'une calotte de petite taille, peu épaisse, peu mobile et de ce fait peu efficace.

La Margeride en LozèreMais les épisodes froids quaternaires se sont surtout traduits par des actions en milieu périglaciaire. Les arènes granitiques élaborées au cours du Tertiaire et durant les phases interglaciaires du Quaternaire, ont subi l'effet des froids quaternaires. A certains moments, elles ont glissé sur les versants, donnant des arènes fauchées, litées, étirées. A d'autres moments, se sont créées des formations hétérogènes, à blocs anguleux de taille diverse mêlés de sables et de limons, qui doivent leur mise en place à la gélifluxion; on désigne ces formations sous les termes de convois à blocs ou d'arènes gélifluées.

Ces formations, héritées d'épisodes froids, probablement würmiens, abondantes dans la montagne, disparaissent sur les plateaux de Margeride . On s'est interrogé pour savoir s'il fallait voir là le résultat d'une limite paléoclimatique, la montagne avant été beaucoup plus, froide que les plateaux. Il semble qu'il n'en soit rien; les formations penglaciaires ont certainement existé partout car il en subsiste des néanmoins, mais elles ont été complètement détruites sur les plateaux par l'érosion anthropique, résultant de leur intense mise en valeur agricole.
Localement, dans la partie élevée du Sud du massif, de véritables rivières de pierres doivent aussi leur origine aux conditions froides du Quaternaire: ce sont des accumulations de blocs de granite, de toute taille, en formes de longues langues; le long de ces langues, des bourrelets apparaissent et l'ensemble se termine par un front raide. Nombreuses dans les vallons du Palais du Roi et du Plateau du Palais du Roi, ces langues de blocs sont vraisemblablement à rapprocher des rotations de type glaciers rocheux que l'on rencontre parfois aujourd'hui en haute montagne et qui témoignent de conditions périglacières rigoureuses et assez sèches.
L'ensemble des formations d'origine froide n'est responsable que d'une faible modification de la forme des versants; pourtant ces formations marquent les paysages par l'intermédiaire des sols auxquels elles servent de support et de ce fait elles sont responsables de la répartition des terroirs, aménagés et utilisées par les hommes: là où elles sont épaisses et pauvres en blocs les labours ont été possibles; au contraire, sur les hautes croupes aux blocs saillants, la charrue n'a jamais pu s'imposer; presque partout, il a fallu épierrer, enlever bloc à bloc les matériaux grossiers étalés par l'action des dynamiques froides quaternaires.

La Margeride en LozèreMalgré la rigueur des conditions naturelles et son isolement, La Margeride est une région qui a été anciennement et fortement occupée. Ce qui frappe le plus aujourd'hui, c'est son éloignement par rapport aux grands centres urbains. Clermont-Ferrand vers laquelle regarde tout le Nord du pays, Montpellier, capitale de la région Languedoc-Roussillon qui intègre le département de la Lozère - soit une bonne partie du territoire margeridien -, se partagent une influence urbaine qui reste ici très discrète. Est-ce pour cela que la Margeride est un ensemble original, sans doute celui qui a su ou a pu, dans tout le Massif Central, conserver le mieux sa personnalité, ses paysages, sa société agricole, son économie rurale traditionnelle ?

Quel que soit l'itinéraire emprunté en Margeride, le paysage rural parait très homogène. Trois images s'imposent d'emblée à tout observateur: !es bois de pins, clairs, ou les forêts d'épicéas, plus denses, qui ferment l'horizon; les landes à genêts, à bruyère ou les parcours situés dans les parties hautes; enfin, plus bas, les petites parcelles labourées ou herbagéres qui révèlent l'émiettement d'une terre paysanne sans cesse partagée. Le paysage, finalement très simple, s'organise en fonction de deux données fondamentales. La première relève de la géographie physique: il s'agit, nous l'avons vu, de l'opposition nette entre la Montagne, cette lourde échine qui, aux environs de 1400 m, porte forêts et pacages, et les plateaux, étalés de part et d'autre, à des altitudes plus basses, où se localisent terroirs cultivés et habitat. La deuxième donnée fondamentale, de géographie humaine cette fois, concerne le village; c'est en effet à partir du village (hameau dans la terminologie géographique classique, mais nous garderons volontairement le vocable local) que se règle toute l'occupation du finage. La population se répartit entre ces unités élémentaires et multiples qui se ressemblent toutes, avec leurs maisons paysannes de dimensions modestes mais solides, au très bel appareil de granite, capables de faire rêver plus d'un citadin en quête de résidence secondaire. Élégantes mais un peu sévères d'aspect, la ferme, l'habitation sont à l'image de la Margeride . Souvent, les villages gardent encore leur four, leur fontaine, parfois leur mestier où l'on ferrait les animaux de trait et, dans la région de Saugues, leur maison d'assemblée où résidait la béate. Un court arrêt dans l'une de ces cellules rurales permettra de saisir rapidement la force des liens communautaires qui unissent les familles paysannes. L'habitat qui conserve fortement l'empreinte du passé est toujours un bon révélateur du fonctionnement d'une société.

La Margeride en LozèreOrganisé en fonction du relief et autour du village, le paysage rural mérite une lecture plus approfondie. Près du village s'étendent les champs cultivés aux limites quelquefois soulignées de rangées d'arbres. De petites dimensions, ils épousent la pente, occupent les replats, les molles ondulations des plateaux et confinent, à la faveur d'une petite vallée aux prairies fauchées, couvertes de narcisses lorsqu'arrive la belle saison. Localement, les parcelles se ferment de petites murettes ou de fils de fer barbelés accrochés à des blocs de granite dressés. Tout ceci constitue la terre paysanne, privée, celle de chacune des familles abritant leur nombreuse progéniture dans les villages. Au-dessus de l'habitat, la terre labourée se dilue dans un paysage où, nous l'avons déjà remarqué, les bois de pins sylvestres, les pacages et sur les plus hautes terres, la forêt d'épicéas et la lande occupent la quasi-totalité de l'espace. Ce terroir de hauteur est, à de rares exceptions près (forêt domaniale, présence d'un grand domaine), la propriété de l'ensemble des habitants de la cellule villageoise, ici le hameau. On parle de landes ou de forêts sectionnales pour désigner ces espaces destinés à l'usage de tous les habitants du village.

Le paysage révèle donc un système agro-pastoral pur, fondé sur l'unité d'une petite communauté rurale. C'est un type qui se rencontre ailleurs, mais qui présente ici l'avantage de pouvoir encore se lire dans l'agencement ancestral des champs, des prés et des bois. Par opposition à la chaîne des Puys, soumise à la pression urbaine, gagnée par la friche ou au Livradois qui se couvre de forêts et dont la société agricole ne maîtrise plus le territoire, la Margeride conserve bien des aspects traditionnels, comme si sa paysannerie était toujours suffisamment nombreuse et organisée pour tenir le pays. L'ordre des choses n'étant jamais immuable, même dans un milieu très isolé comme la Margeride, hâtons-nous de décrypter ce paysage et d'essayer d'en démêler les fils, ceux qui relient au passé, ceux qui dessinent le présent. C'est bien évidemment l'association labours-pacages qui témoigne de la vie ancienne. En raison notamment d'une pression démographique très forte, la Margeride est terre de culture. Le seigle, la pomme de terre, occupaient les champs jusqu'à des altitudes élevées. La deuxième partie du territoire était livrée au troupeau commun qui parcourait, à la belle saison, sous la conduite d'un berger de village, les plus hauts pacages, là où la charrue ne pénétrait pas. Les terrains de parcours étaient collectifs, les champs privés recevant à tour de rôle le troupeau, la nuit ou à la mauvaise saison et ne pouvaient donc être enclos; le sytème de mise en valeur était, en tout état de cause, démocratique.

La Margeride en LozèreLa rareté des domaines, des grands propriétaires, facilitait les choses. Souvent, les pauvres, ceux qui n'avaient pas de biens fonciers à eux, pouvaient confier quelques bêtes au berger, même si, en théorie, le règlement stipulait, comme en de nombreuses régions, que l'on ne pouvait mettre des animaux sur le sectionnal qu'en fonction des terres que l'on possédait, c'est-à-dire, en fait, en fonction des possibilités que l'on avait d'accueillir le troupeau commun. La société était très uniforme. Les vieux cadastres nous montrent combien la possession de chacun était réduite et la terre pulvérisée entre de nombreux possédants. Le troupeau était petit; il n'y a pas si lontemps encore, la ferme avec quatre ou cinq vaches et quelques moutons était fréquente.
Les familles comprenaient toujours beaucoup d'enfants; ce qui explique, à la fois, le morcellement de la propriété et l'importance des labours, même sur de mauvaises terres, afin d'assurer la subsistance de chacun.
L'élevage bovin était celui de la race d'Aubrac faite d'animaux de petite taille, robustes, à la robe claire, sans doute les plus rustiques de tout le Massif Central, utilisés pour le trait et aptes à donner viande et lait. Le système traditionnel reposait sur une production principale, celle de veaux de boucherie vendus à l'âge de trois ou quatre mois; on y associait des produits secondaires, comme le lait, ou quelques ovins. La production finale était, en définitive, très mince et l'on avait bien besoin de l'espace collectif pour vivre. A l'activité agricole, on adjoignait souvent l'émigration temporaire vers les plaines auvergnates ou languedociennes, la cueillette des produits de la forêt et des prairies (lichens, champignons, myrtilles, narcisses, ... ) qui, au prix d'un important labeur, apportait quelques rentrées d'argent, et le travail textile à domicile donné par des patrons de la région nîmoise.
Ajoutons que la partie méridionale de la Margeride a entretenu d'autres liens avec le bas-pays languedocien grâce à la transhumance. Les troupeaux ovins, cheminant par les drailles, montaient, en été, occuper les plus hauts pacages que le bétail local, en quantité insuffisante, laissait libres.
Même si une évolution est sensible dès le 19ème siècle, en raison de l'effondrement du travail textile en milieu rural, et du lotissement des communaux, pratiqué la plupart du temps sous forme égalitaire pour ne pas léser les plus petits, la vie économique et sociale traditionnelle s'est maintenue en Margeride plus longtemps qu'ailleurs. Il y a, à ce phénomène, plusieurs explications.

La Margeride en LozèreLa cohésion sociale en est une; elle est forte au village, entretenue par le système communautaire déjà décrit, soutenue par la présence, il y a encore peu de temps, dans la région de Saugues, d'une "sœur" de village, la béate, qui instruit, soigne, catéchise les membres de la communauté. La Margeride, aux portes du pays protestant, est un bastion du catholicisme où la pratique religieuse est très vive. Il s'agit, là aussi, d'un ciment pour la société locale. Une autre explication est à rechercher dans l'isolement qui réduit beaucoup les interventions extérieures, en particulier urbaines. Aucun autre mode de vie, d'organisation de l'espace et du groupe ne mord vraiment sur la Margeride . La vie de relations s'organise localement autour de chefs-lieux de cantons, situés sur les plateaux, de part et d'autre de l'épine dorsale de la montagne, Saugues, Grandrieu, Saint-Chély-d'Apcher, Le Malzieu, Saint-Alban-sur-Limagnole... Bourgs ou villes de taille modeste, mais très animés, concentrent les services auxquels on a recours les jours de marché, partout fréquents. On y vend les veaux, les agneaux, le beurre. Les marchés aux veaux, souvent hebdomadaires, se sont développés à partir de la deuxième guerre mondiale, lorsqu'a crû ce type de production. Même si ces marchés sont en net déclin aujourd'hui, ils ont contribué à conforter le rôle de tous les petits centres. Peu entamé par l'influence urbaine, ce type de relations, à courte distance, où un bourg, une petite ville, représentent un rôle fondamental pour les ruraux, a forgé le pays de Saugues, celui de Saint-Chély, où quelques communes gravitent autour du chef-lieu.
Enfin, ajoutons encore, pour mieux comprendre les permanences, la présence de nombreux enfants au sein des familles qui permet d'assurer la pérennité du bien ancestral. Certes, l'émigration définitive a frappé la Margeride comme l'ensemble des hautes terres pauvres d'Auvergne. Les ruraux sont partis en masse vers les villes languedociennes ou les petits centres auvergnats des plaines proches (Le Puy en Velay, Brioude) vers Clermont­Ferrand, et surtout, ils sont montés à Paris, déchargeant les fermes de nombreuses bouches à nourrir. Mais à la différence d'autres régions, la natalité s'est maintenue, en dépit de l'exode, à un niveau élevé et il y a toujours un enfant restant sur la ferme. Le nombre d'enfants et l'attachement au pays, à la famille, expliquent que la terre soit si paysanne, le paysage bien entretenu. Il a fallu attendre le recensement de 1968 pour voir évoluer cette situation, et pour constater la baisse de la population dans de nombreuses communes rurales amputées de leurs éléments jeunes et devenues, par la force des choses, de moins en moins natalistes. Les hommes et les femmes de Margeride ont émigré, mais les conséquences du grand exode sont radicalement différentes de celles d'autres régions comme le Livradois. Le sol est bien cultivé, la propriété est restée petite ...
La Margeride en LozèrePourtant, au-delà de ces permanences qui pèsent très lourd dans les destinées du monde rural de Margeride, les transformations existent. Quels renseignements nous donne le paysage sur ces changements ? La conquête de l'arbre - reboisement spontané ou plantation - à la fois sur les sectionnaux et les terres privées traduit le recul progressif des formes ancestrales d'occupation du sol; le développement des prairies, jadis cantonnées aux fonds de vallées humides, aux dépens des labours, l'extension des pacagés expriment une simplification du système agricole. Les bâtiments communs du village ne sont plus utilisés, les sœurs de la région de Saugues ont disparu ... Mais, et c'est là une grande originalité du milieu humain de Margeride, il ne s'agit pas d'un effondrement mais plutôt d'une mutation lente, hésitante, qui laisse subsister bien des traits anciens, comme le troupeau collectif (parfois) et surtout la très petite propriété.

L'agriculture de Margeride évolue vers la spécialisation comme dans la plupart des régions. Mais loin de reproduire un modèle banal, la Margeride conserve bien des traits singuliers. Dans la course au progrès, à l'intensification, à la mécanisation, au choix de production la plus adaptée,la plus intéressante, la Margeride est partie avec un certain retard par rapport à de nombreux milieux ruraux. Tardive, la transformation des exploitations a été souvent lente. Certes, leur taille s'est, comme partout, accrue, mais elle demeure limitée. Vingt, vingt-cinq hectares constituent souvent la surface de base des fermes modernisées. A cela s'ajoute encore, bien entendu, la réserve potentielle que constituent les terres communes non encore partagées, les pacages ouverts ou sous forêts. L'agrandissement se fait par fermage. La mutation foncière est délicate. Les petits propriétaires, toujours très nombreux, tiennent à leur bien. Le marché des terres est réduit, les prix élevés, sans rapport avec la valeur intrinsèque du sol - la Margeride n'est pas à vendre ! Le pays est encore tenu par des propriétaires qui en sont originaires; la pénétration d'étrangers est, à la différence d'autres régions du Massif Central, quasiment inconnue.

La Margeride en LozèreOn comprend ainsi, en partie, la lenteur des choses. Faut-il ajouter aussi que le milieu physique impose de sérieuses limites au choix des spéculations agricoles ? La rigueur climatique, la relative faiblesse des aptitudes pédologiques sur les plus hautes terres, sont des données de première importance.
Dans ces conditions, les transformations paraissent imparfaites. La production de veaux de boucherie s'éteint progressivement: la concurrence d'autres régions, mieux placées sur les marchés (Limousin), d'autres types d'élevage (veaux en batterie), le développement d'un marché des veaux de trois à quatre semaines, l'adoption de races plus spécialisées que la vieille souche rustique d'Aubrac ont joué en faveur d'un abandon progressif. Et, seules, quelques fermes demeurent fidèles au système ancestral. L'élevage est désormais orienté vers la production laitière et s'appuie sur l'introduction de races nouvelles (Abondance, Frisonne) et l'amélioration des prairies. Le lait est vendu à des laiteries familiales ou à des coopératives, pour la plupart extérieures à la région. Les veaux quant à eux, livrés à trois ou quatre semaines, partent vers des régions d'engraissement ou vers l'Italie. D'une certaine façon, ces progrès herbagers rapprochent la Margeride de l'ensemble des hautes terres auvergnates qui ont abandonné les vieux systèmes pour se consacrer à l'élevage.
Est-ce à dire que la Margeride agricole perd ses traits spécifiques ?

La Margeride en LozèreNous évoquions l'imperfection des mutations. Elle s'affirme dans le maintien de l'élevage ovin à côté de l'élevage bovin. De nombreuses fermes conservent encore deux troupeaux, hésitant donc devant la spécialisation totale. Les ovins apportent un revenu complémentaire non négligeable et permettent aussi de valoriser les plus mauvais terrains, en particulier les pacages sectionnaux dont ne saurait se satisfaire le troupeau de vaches laitières, qui réclame, pour une production abondante et de qualité, de bonnes prairies. Ajoutons aussi que la cueillette se pratique encore dans certains secteurs de Margeride : on ramasse toujours myrtilles, champignons, lichens, narcisses. La production n'est que rarement valorisée sur place. Elle part vers des conserveries ou des parfumeries extérieures à la région. Elle accorde, cependant, aux exploitations qui disposent d'une main-d'oeuvre familiale suffisante, des rentrées d'argent substantielles, tout comme autrefois. (La preuve en est dans l'interdiction de cueillette faite localement aux étrangers).

Curieux pays que cette Margeride qui mêle si intimement tradition et modernisme. Les maintiens des veaux de boucherie, du troupeau ovin, la persistance de la cueillette, rappellent le passé. Le développement de la production laitière, la pratique du croisement industriel des bovins traduisent la mutation. La conquête des prairies illustre le changement, la progression des bois qui occupe plus du tiers du territoire aussi. La Margeride évolue, mais l'agriculture reste la première activité et l'économie dépendante de l'extérieur: ni le lait, ni la cueillette ne donnent lieu à une véritable transformation locale. Même si le bois est peu valorisé sur place, les scieries, nombreuses, offrent une bonne partie des emplois industriels mais livrent un produit brut ou semi-fini et les fabrications dérivées du bois sont rares ...

La Margeride, assurément, n'a pas connu l'effondrement de certaines campagnes auvergnates. Mais elle est à un tournant. La faiblesse de l'emploi non agricole, le vieillissement de la population pèsent très lourd et risquent de précipiter l'évolution vers la friche, le bois ... Pour l'heure, la Margeride garde toute son originalité de terre isolée, où le paysage bien organisé reflète le fonctionnement de la société rurale d'antan et où l'évolution vers l'agriculture moderne lente et tardive n'a pas complètement altéré le fond paysan ...
La découverte de la Margeride peut se faire en deux étapes consacrées respectivement aux parties septentrionale et méridionale. Il convient à chaque fois d'effectuer la traversée du massif de façon à avoir une vue d'ensemble sur les dispositifs montagneux et l'occupation humaine. Le départ peut s'effectuer, dans les deux cas, depuis Saint-Chély-d'Apcher.

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